Un logement classé G en 2024 peut se retrouver en E début 2026, sans qu’un seul radiateur ait été changé. Pour les bailleurs qui chauffent à l’électricité, la modification du coefficient de conversion dans le calcul du DPE rebat les cartes du droit de louer, du gel des loyers et de la stratégie patrimoniale. Mais cette bonne nouvelle apparente mérite qu’on regarde de plus près ce qu’elle implique au quotidien.
Coefficient de conversion de l’électricité : le mécanisme derrière le reclassement
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité utilisé dans le calcul du DPE est passé de 2,3 à 1,9. Ce chiffre traduit la quantité d’énergie primaire nécessaire pour produire un kilowattheure d’électricité livré chez vous.
Concrètement, un logement chauffé par des convecteurs électriques consommait, sur le papier, 2,3 fois plus d’énergie primaire que ce qu’indiquait le compteur. Avec le nouveau coefficient, cette pénalité diminue. Le même logement, sans aucun travaux, affiche désormais une consommation primaire plus basse.
Pourquoi ce changement maintenant ? Le mix électrique français, fortement nucléaire et de plus en plus complété par le solaire et l’éolien, produit moins de pertes qu’au moment où le coefficient de 2,3 avait été fixé. L’arrêté du 13 août 2025 acte cette correction.
Environ 850 000 logements chauffés à l’électricité ont gagné une ou deux classes grâce à ce seul recalcul. Pompes à chaleur, chauffe-eau électriques, convecteurs : tous les systèmes alimentés par le réseau électrique bénéficient de la baisse, mais l’ampleur du gain varie selon l’isolation du bâti et la surface du logement.

DPE amélioré sans travaux : le piège du faux confort réglementaire
Vous découvrez que votre bien est passé de G à F, voire de F à E. Première réaction : soulagement. Votre logement échappe à l’interdiction de location, et vous pouvez peut-être même dégeler le loyer. Mais que se passe-t-il si ce DPE « amélioré » par la réforme est contesté par un locataire ?
Le DPE est juridiquement opposable depuis 2021. Un locataire qui constate des factures énergétiques anormalement élevées peut demander une expertise indépendante. Si le diagnostic révèle que le logement performe réellement comme un G malgré son étiquette E sur le papier, le bailleur s’expose à une action en justice pour vice caché ou à une demande de réduction de loyer.
Le reclassement automatique ne change rien à l’état physique du logement. Les murs restent mal isolés, les fenêtres laissent passer l’air, le ballon d’eau chaude date de vingt ans. Le coefficient modifie la note, pas la réalité thermique.
Mesures anti-fraude et contrôle des diagnostiqueurs
Les autorités renforcent en parallèle la fiabilité du DPE. Parmi les évolutions récentes :
- Un plafonnement de l’activité des diagnostiqueurs pour limiter les diagnostics bâclés réalisés à la chaîne.
- Une surveillance accrue des pratiques, avec des contrôles ciblés sur les DPE dont la classe a fortement varié entre deux versions.
- L’ajout d’un QR code sur chaque diagnostic, permettant à quiconque de vérifier la validité et l’authenticité du document directement auprès de l’ADEME.
Un DPE dont la classe repose uniquement sur le nouveau coefficient reste vulnérable face à ces contrôles renforcés. Si le diagnostiqueur a mal renseigné l’isolation ou le type de vitrage, le reclassement peut être annulé lors d’un audit ultérieur.
Gel des loyers et interdiction de location : le calendrier que le reclassement ne modifie pas
Le calendrier réglementaire reste inchangé, quelle que soit la classe obtenue grâce à la réforme. Les logements classés F seront interdits à la location en 2028, ceux classés E en 2034.
Un point souvent négligé : le gel des loyers des logements F et G est en vigueur depuis le 24 août 2022. Ce gel s’applique lors d’une relocation, d’un renouvellement de bail et même lors de la révision annuelle. Un logement qui passe de F à E grâce au nouveau coefficient retrouve le droit d’augmenter son loyer. En revanche, un logement qui reste en F après recalcul demeure sous gel.
Autre précision à ne pas sous-estimer : depuis 2025, la classe G est interdite à la location pour les nouveaux baux, les renouvellements et les reconductions tacites. Ce n’est pas seulement la première mise en location qui est concernée. Un bail en cours qui arrive à reconduction tacite avec un logement toujours classé G expose le bailleur à un refus de renouvellement par le locataire, voire à une action en justice.

Rénovation énergétique : quand le recalcul ne suffit pas à sécuriser la location
Un bailleur dont le logement passe de G à E peut être tenté de repousser les travaux de rénovation. Le raisonnement se tient à court terme. À moyen terme, les risques s’accumulent.
D’abord, le coefficient pourrait être révisé à nouveau. S’il monte, la classe redescend. Ensuite, un locataire confronté à des factures de chauffage élevées dispose de recours concrets, indépendamment de l’étiquette.
Prioriser les travaux qui comptent
Si votre logement a gagné une classe uniquement grâce au coefficient, concentrez vos investissements sur ce qui améliore la performance réelle :
- L’isolation des combles ou des murs, qui réduit les déperditions thermiques indépendamment du mode de chauffage.
- Le remplacement des fenêtres simple vitrage, source majeure d’inconfort et de surconsommation.
- L’installation d’une ventilation performante, qui limite l’humidité sans gaspiller la chaleur.
- Le passage à une pompe à chaleur si les convecteurs sont anciens, pour cumuler le bénéfice du coefficient bas et une consommation réelle réduite.
Des travaux ciblés sécurisent la classe obtenue même en cas de future révision du mode de calcul. Un logement bien isolé et correctement ventilé reste bien classé, quel que soit le coefficient appliqué à l’électricité.
La réforme 2026 offre un répit réel à de nombreux bailleurs. Mais confondre un reclassement administratif avec une amélioration physique du logement expose à des déconvenues juridiques et financières. Vérifier son DPE mis à jour sur le portail ADEME, croiser la nouvelle étiquette avec l’état réel du bâti, puis engager les travaux qui consolident durablement la classe : c’est la seule séquence qui tient sur le long terme.

